Humeur de Margot

Humeur de Margot: Celle qui venait d’un autre monde.

Aujourd’hui, mon professeur de français était absent. Mes 2 premières heures de l’après midi s’étant transformées en permission, je me suis décidée à faire un tour dans mon magasin de bandes dessinées préféré. (Bon ok, c’est le seul dans le coin!).Une fois fais le plein de comics je me suis arrêtée à la terrasse d’un café pour manger le sandwich que je me suis achetée en route. C’est là que je l’ai vue.

Elle était assise, apparemment seule, à quelque table de moi. Elle portait un t-shirt du groupe Tyr, un groupe de Viking Metal, que j’apprécie beaucoup. Je ne suis pas attirée par le sexe féminin, pour l’instant en tout cas, mais il faut reconnaître qu’elle est d’une beauté à couper le souffle avec ses long cheveux blond encadrant un visage au trait fin et délicat. Elle semblait rêvasser en écoutant son lecteur mp3, tout droit sorti d’un autre temps (on aurait dit un vieil Ipod, un gros bloc blanc avec une molette au milieu).Bien sûr, je ne connais pas toutes les personnes de ma génération dans ma ville, mais j’étais intriguée de rencontrer une fille de mon âge qui semblait avoir des goûts musicaux plutôt affirmés. Je me suis donc levée pour aller faire sa connaissance.

Une fois arrivée à environ 2 mettre de sa table un énorme berger allemand que je n’avais pas remarqué au premier abord surgit de sous celle ci et ce mit à m’aboyer dessus. La jeune fille sursauta, arracha ses écouteurs et demanda, ses yeux ne sachant ou se poser, qui était là et qu’est ce qu’on lui voulait, non sans une certaine inquiétude dans la voix. En voyant le harnais de son chien et en apercevant la canne posée contre sa chaise je compris enfin qu’elle était aveugle, ou tout du moins mal voyante.

J’ai voulue de toute mes forces pouvoir dire quelques mots pour la rassurer, pour lui expliquer que je ne lui voulais pas de mal, mais bien sûr, mes cordes vocales n’ont pas repoussé comme par magie et mon téléphone qui me sert d’ordinaire à communiquer avec les personnes ne parlant pas le langage des signes m’était d’aucune utilité avec quelqu’un qui ne peut voir ce que j’écris… Un homme que je suppose être son père est sorti du café pour voir ce qu’il se passait, mais j’étais à la fois trop frustrée, en colère et triste, pour chercher à m’expliquer alors j’ai simplement pris mes affaires, avant de partir en pleurant.

Ne pouvoir communiquer avec quelqu’un, de quelque façon que ce soit, est une sensation que je ne souhaite à personne. Sur le coup je me suis sentie d’une telle inutilité ! Et à coté de ça je me sens tellement mal de lui avoir fait peur…

Humeur de Margot·Vivre avec le cancer

Le moment ou j’ai perdu ma voix!

Là bas je n’avais pas internet alors je vous poste ce que j’ai écrit, au jour le jour dans mon journal intime.

Mercredi 28 décembre

J’ai repris connaissance en salle de réveil. Il faisait froid. Je ne sais combien de temps j’y suis restée mais j’ai cru que ça avait durée une éternité. Sûrement à cause des produits anesthésiques et à cause de mon imagination débordante, je me serai presque crue au purgatoire. Sans la dose de calment, je pense que j’aurai fait une crise de claustrophobie. Puis une aide soignante est venue me ramener dans ma chambre. (Alléluia, ce n’est pas un ange et je ne suis pas morte!) Mes parents et ma sœur Olivia m’attendaient à la sortie de l’ascenseur. J’avais l’esprit encore embrumé mais j’étais heureuse de les voir.

Je ne sais pas quelle heure il était, mais en entrant dans ma chambre, je me suis rendu compte que j’avais une nouvelle colocataire. Une fille de 8 ou 9 ans occupait le lit en face du mien. J’ai voulu lui dire bonjour mais aucun son n’est sortie. sur le moment je me suis contentée d’un geste de la main, de toute façon elle était trop absorbée par Shrek qui passait à la télévision. Quand j’essaie de parler, ça me fait comme une extinction de voix, même en m’époumonant, rien ne sort. J’ai essayé toute la nuit de produire un son, mais toujours cet horrible silence, interrompu par mes quelques reniflements entre deux sanglots, seules témoignages de ma détresse. C’est donc cela être muette.

Papa m’a donné un tableau blanc et un Velleda pour communiquer, Je le haïs déjà. Le médecin est passé 1 heure plus tard, il dit avoir pu tout enlever. À priori, plus de cancer. Il est trop tôt pour me considérer guérie, alors je resterais sous surveillance pendant plusieurs mois pour être sûr qu’il ne reviennent pas. En tout cas, il y aura diminution de mon traitement. Fini les sensations d’être en permanence malade! Enfin pour l’instant, quand les calmants ne font plus effet, j’ai l’impression d’avoir une angine carabinée.

Crise de panique au moment du repas. Tout avais un goût de carton. Je me suis jetée sur la boite de Ferrero rocher apportée par Olivia, insipide. On m’a rassurée en me disant que c’était temporaire et en effet le lendemain matin au petit déjeuner j’ai pu regretter d’avoir retrouver le goût pour boire ce café infect.

Jeudi 29 décembre

Le son de la télé m’a réveillé. Des dessins animés, j’aurai bien dormi un peu plus mais comment en vouloir à une gamine qui ne cherche qu’un peu de réconfort. Moi même, en l’absence de ma famille, en ce lieu, je me sens mal à l’aise.

10 heure, heure des visites. Une très jolie jeune femme est entrée, elle était en tenue d’infirmière, mais c’était la maman de Noémie, ma jeune camarade. Elle doit travailler dans un autre service. Elle me dit bonjour, et machinalement, je lui répondu de ma voix inaudible, avant de lui renvoyer la politesse avec mon tableau.

Une dizaine de minutes plus tard une autre jolie brune se présenta à la porte, Olivia, avec un étui que je ne connais que trop bien. Ça m’a fait si chaud au cœur que j’en étais émue au larmes. Je l’ai serré dans mes bras, tel une bouée de sauvetage tout le long de sa visite, un peut trop brève à mon goût, mais elle devait aller travailler.

Noémie, intriguée profita du départ de ma sœur pour me demander ce que c’était. Je l’ouvris et sorti mon violon. Elle me supplia de jouer un morceau, je ne me fit pas prier et j’ai joué la première chose qui m’est passé par la tête. Ce fut un extrait du canon de Pachelbel.

Enfin, enfin je me sentais en paix, détendue par le son du crin de mon archet frottant la corde de mon violon, voilà mon réconfort. Pendant un instant je sentis la main rassurante de mon grand père que j’aimais tant et précédent propriétaire de mon instrument sur mon épaule, mais comme je l’ai déjà dit, j’ai beaucoup d’imagination.

Noémie avait des étoiles dans les yeux, alors je me suis mise à jouer des airs de Disney, jusqu’à ce qu’on me demande d’arrêter. J’ai du casser les oreilles de tout les résidents. XD C’est compliquer de jouer du violon peu fort. 😅 Mais j’étais contente d’avoir rendu heureuse ma camarade de chambré, et savoir mon violon près de moi était suffisant pour me rassurer et pour m’aider à supporter mon hospitalisation.

On a beaucoup parlé, enfin j’ai beaucoup écrit. On a beaucoup rit.

Mon rire est un rire silencieux mais je peux rire ! Moi qui était effondrée la nuit précédente, je peux rire !

Noémie est partie en chirurgie un peu avant midi. L’opération a due être lourde parce qu’elle n’est revenue que vers 18 heure. J’ai beaucoup prié pour elle.

Maman et Papa sont passés dans l’après midi avec une peluche! Je sais que normalement c’est pour les enfants mais j’adore ça. Je rêve secrètement de plonger dans une piscine de peluches ! Je les ai supplier d’aller me chercher un Big Mac au Macdo du coin de la rue pour le repas du soir mais ils ont pas voulut. Snif !

Après ça j’ai fait du charme à l’aide soignant (plutôt beau gosse il faut dire) qui était venue voir si tout allait bien. J’ai même essayé de le corrompre avec 12 ferrero rocher mais sans succès. 😭 Résultat, au menu du soir : rôtie de bœuf caoutchouteux, purée fadasse et petit poids en conserve! La bouffe était meilleur quand je ne la sentais pas en fait!

Vendredi 30 décembre

Matinée dessins animés et on a parlé de garçons, de Théo son amoureux, de comment on sait quand on peut embrasser quelqu’un et ce genre de discussions que j’aurai pu tout à fait avoir avec une petite sœur et qu’Olivia a eu avec moi.

A midi, Oh joie ! Des lasagnes ! Enfin un truc de comestible ! Et de la glace en dessert ! Il faut se faire hospitaliser la veille d’un jour de fêtes pour ne pas mourir de faim à l’hôpital, c’est noté !

Après le repas, je me suis hâtée à retirer ma chemise d’hôpital, pour enfiler mon jean, un t-shirt et un pull en laine tout doux. C’est peut être stupide mais je me suis senti l’irrésistible envie de me maquiller. Comme si j’avais besoin de retrouver ma féminité. Comme si le fait d’avoir été hospitalisée ou la chirurgie me l’avait retiré. Je n’arrive pas à me l’expliquer, mais me mettre du mascara, du rouge à lèvre et même du verni à ongle (je ne sais pas ce qu’il faisait dans mon sac), à ce moment précis, ça m’a fait tellement de bien!

Olivia et mon amour de neveu sont venue me chercher à 14 heures pour me ramener à la maison. Avant de partir je fis un gros câlin à Noémie et lui souhaita tout ce qu’elle pouvait bien désirer. Notre rencontre fut brève mais je pense qu’elle m’a marquée durablement. Je lui ai laissé ma peluche en souvenir, j’ai pensé qu’elle en aurait plus besoin que moi.

11351035_476794519169721_851753533_n
Repos forcé!

Me voilà à la maison. Toute ma famille est la pour m’accueillir et ça me fait chaud au cœur. Le seule problème c’est que tout le monde me croit en sucre. J’ai ordre de me reposer, du coup j’en profite pour vous raconter ce qui est un tournant majeur de ma vie.